Jacques-Alain Lachant
Le Parisien – Bien Marcher, ça s’apprend

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Contrairement aux petits veaux, chatons ou girafons, le petit d’homme est le seul de la création à ne pas galoper dès les premières heures de vie. La motricité de l’enfant se construit lentement, depuis sa vie intra-utérine jusqu’à ce qu’il parvienne à enchaîner au moins sept pas seul, sans soutien. Cela survient en général entre ses 12 et 15 mois. Mais, au fond, personne n’a jamais appris à bien marcher.

Pourtant, selon Jacques-Alain Lachant, ostéopathe responsable de la consultation sur la marche à la clinique du Montlouis, à Paris, une grande part de nos douleurs d’adultes, viennent de ce que nous ne savons pas — plus? — marcher. Et par conséquent, nous portons mal notre corps. Selon le spécialiste, qui vient de publier « La marche qui soigne » (Payot, 20 €), il n’est jamais trop tard pour apprendre à bien marcher.

Une attention particulière dès l’enfance 

Avant d’être capable de marcher, c’est-à-dire avoir des muscles et un squelette mûrs pour avancer, un enfant doit avoir conscience de sa verticalité. Pour cela, un exercice tout simple peut se faire dès le plus jeune âge : « L’enfant est allongé, ses parents peuvent placer leurs mains sous ses pieds, tout simplement, et effectuer une légère pression », explique Jacques-Alain Lachant. Ainsi l’enfant prend conscience qu’il est tout entier ce corps allongé. Cette sensation sera la même debout.

« Lorsque vers 11-12 mois, l’enfant se tient debout, plutôt que de l’aider à avancer en lui tenant les mains au-dessus de sa tête, mieux vaut le tenir au niveau de la taille. Là encore, il sentira mieux les appuis de ses jambes. » Quant au youpala et autres trotteurs, ils n’ont pas les faveurs des pros : « Ces engins rassurent surtout les parents, constate Jacques-Alain Lachant, mais ils génèrent une position très ouverte des hanches, et n’aident pas dans l’apprentissage de la marche puisqu’ils l’empêchent de prendre conscience de ses appuis. »

Comment savoir si je marche mal? 

Comme personne n’a jamais eu de cours pour apprendre à mettre un pied devant l’autre, c’est bien souvent lorsque surviennent les problèmes — musculaires, posturaux, squelettiques — que l’on se rend compte que tout ou presque vient de nos pas. « Evidemment, ce n’est pas comme un handicap qui se voit à l’œil nu », observe Jacques-Alain Lachant. Il existe pourtant des signes tangibles : « Par exemple, lorsque l’on n’aime pas marcher, déjà. Ensuite, lorsque, même si l’on est mince et que l’on n’a pas de problème de poids, on a le sentiment de se traîner, de peser une tonne. Ou quand encore l’idée de piétiner pendant deux heures lors d’une exposition nous paraît insurmontable », décrit l’ostéopathe.

Prendre conscience de son pas 

Bien marcher permet au corps de bien se soutenir lui-même. C’est le cas si la personne se sent portée depuis les pieds jusqu’au sommet du crâne dans un mouvement dansé, comme un swing. Pour y parvenir, rien de plus simple : plutôt que de focaliser son attention sur le pied avant, il faut plutôt prendre conscience du pied arrière au moment de son impulsion. « Il se déroule, du talon à la pointe, analyse le spécialiste. Ainsi, une vraie sensation de verticalité s’instaure, on retrouve la sensation de sa taille, le regard se porte au loin, les déplacements sont plus harmonieux. Et les maux s’estompent »

Il n’est jamais trop tard 

Colette, 84 ans, témoigne dans le livre de Jacques-Alain Lachant : « Je me traînais, et finalement, je commençais à tomber plus aisément que je ne marchais. » Une situation inquiétante pour une octogénaire, tant on sait qu’une fracture du col du fémur peut avoir de graves conséquences à cet âge.

Depuis, Colette a réappris à marcher : « J’ai appris non pas simplement à balancer mes bras, mais à utiliser mes mains, poings fermés, comme si je tenais des bâtons de ski, et curieusement mon dos se redressa, je me sentis légère, et pour la première fois de ma vie j’éprouvais vraiment du plaisir à marcher. »

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